Absurdités

Durant les dernières décennies, les gouvernements français ont pris des mesures autoritaires sous le coup de l’émotion ou de la pression sociale. Evidemment ces mesures n’ont pas été mûrement réfléchies et posent désormais des problèmes plus ou moins graves pour tous.
Dans le domaine du logement, dès 1945 environ, l’utilisation massive du béton a remisé les anciennes techniques de construction. On a donc incité à remplacer la brique par le parpaing par exemple. Grâce au béton armé, on a pu ériger des immeubles imposants en hauteur et largeur et ainsi loger de nombreuses familles. Les murs et les ouvertures légers isolaient très mal ces habitats. Qu’importe ! D’une part les gens étaient moins sensibles au confort qu’ils ne le sont aujourd’hui, d’autre part on chauffait suffisamment grâce au bois, au charbon puis au fioul et au gaz.
Le charbon extrait des mines françaises est devenu cher par rapport au charbon, au pétrole et au gaz disponibles sur le marché mondial. On a donc incité les gens à se chauffer au fioul et au gaz bien plus pratiques à l’utilisation que le charbon.
Puis vint la crise pétrolière des années 1990, le pétrole et le gaz plus rares et plus chers. Du coup, le gouvernement de l’époque a développé l’électro-nucléaire et incité les gens à se chauffer grâce à l’électricité. Plus besoin d’installations complexes de chauffage central, de simples radiateurs électriques disposés dans chaque pièce faisaient l’affaire pour un coût bien plus modique.
Néanmoins, à l’usage, le chauffage électrique, dépendant du prix de l’électricité coûtait cher puisqu’il fallait bien rembourser l’investissement dans les centrales nucléaires.
On a donc fixé les premières normes d’isolation minimum à respecter afin que la facture de chauffage électrique reste modeste. S’est développée en même temps, la ventilation mécanique contrôlée pour limiter au nécessaire l’aération des locaux.

Grâce à l’électricité les réfrigérateurs et les congélateurs ont été installés partout tant chez le particulier que dans les commerces et entreprises.
Et puis sont apparus les premières pompes à chaleur, genre de réfrigérateur fonctionnant à l’inverse.
Ces PAC puisent dans l’ambiance extérieure des calories dont elles relèvent la température via un gaz frigogène qui subit un cycle de compression puis détente.
Ces machines assez sophistiquées sont plus performantes que les radiateurs électriques. D’où incitation nette à leur usage généralisé. Et ce d’autant plus qu’elles peuvent également produire du froid en été. Désormais, le chauffage au fioul ou au gaz est mal vu et on envisage même de l’interdire.

Peu à peu, les normes d’isolation ont été relevées pour éviter au maximum de chauffer l’hiver ou de refroidir l’été. Sont nées les notions d’habitat bioclimatique, de maison passive ainsi que le diagnostic de performance énergétique (DPE) et ses classes de A à G.
Faut dire que le réchauffement climatique met à mal notre habitat ancien lors des canicules d’été.

Ainsi, il est avéré qu’un logement très bien isolé, de classe A ou B, ne nécessite presque plus de besoins de chauffer ou de refroidir. Les PAC ne sont même plus utiles pour cette classe de logement !

Néanmoins, on assiste encore à des aberrations notables dans les constructions nouvelles ou dans les aménagement et évolutions de l’existant. En effet, les normes de forte isolation ne sont pas respectées pour diverses raisons.

Dans la résidence Patricia située à Guyancourt, les copropriétaires du dernier étage ont la possibilité de s’étendre dans les combles de l’immeuble. Cependant la hauteur disponible sous toiture est assez faible. Pour que l’extension dans les combles soit habitable, l’épaisseur d’isolation projetée est limitée à 20 cm maxi ; c’est très insuffisant, il faudrait le double pour une isolation amenant aux classes les moins énergivores. Pour palier à ce manque d’isolation, les réalisateurs proposent donc l’installation de PAC réversibles !
Dans cet immeuble, si chaque copropriétaire décide d’installer une PAC, il y aura quelques soucis pour implanter les unités extérieures de celles-ci sur le toit ou sur les balcons !
Le plan local d’urbanisme exclut la possibilité d’installer le module extérieur de la PAC en façade d’immeuble et en relief. De plus les PAC doivent respecter une limite de bruit émis, contrainte plus importante la nuit. Du coup, ces modules de PAC sont installées sur le toit, cachées derrière un acrotère.
L’implantation sur le toit à proximité immédiate des tuiles surchauffées l’été n’est sûrement pas idéale. Il faut savoir que les PAC actuellement sur le marché sont prévues pour refroidir avec une température extérieure maximale de 35° l’été ! Il est donc prévisible que la PAC ne sera pas efficace lors des prochaines canicules !

L’électricité française provient souvent de réacteurs nucléaires, eux mêmes contraints par le refroidissement à l’eau ; or cette eau de rivière peut faire défaut en cas de sécheresse l’été et contraindre à l’arrêt du réacteur et la non fourniture d’électricité.

La fabrication de ces machines nécessite l’utilisation de divers matériaux et métaux ; elle accroît donc dans un premier temps les émissions de GES de par sa fabrication, son transport et son installation.
Le gaz frigogène utilisé est néfaste pour la survie de la couche d’ozone protectrice des ultra violets. Certes, ce gaz est sans cesse révisé pour diminuer sa nocivité. Certes, les fuites de ce gaz sont plutôt rares.
Néanmoins, la multiplication de ces machines implique des risques écologiques non négligeables et trop peu étudiés.

Manifestement, la généralisation des PAC en chauffage ou en climatisation est un non sens écologique ; cependant, le gouvernement français préconise et incite à remplacer tout système de chauffage actuel par une PAC !
Mais ceux qui nous gouvernent, ceux qui votent les lois, ceux qui font leur business de cette technologie … ne sont pas à une absurdité près !


Proposons quelques pistes moins absurdes, quoique, vu qu’il faut à chaque fois évaluer l’impact négatif initial de toute technologie ou méthode.

1. On peut et on doit isoler très fortement les parois des logements tout particulièrement la toiture exposée aux vents l’hiver et au soleil l’été. Il est admis qu’un coefficient de résistance thermique de 10 est nécessaire pour viser la classe A et éviter au maximum tout chauffage ou refroidissement. En laine de (verre,roche, bois, …) cela signifie une épaisseur d’isolant de 30 à 40 cm. D’autres considérations sont à prendre en compte non détaillées ici.
Il existe des isolants très performants et donc nécessitant une plus faible épaisseur tels les panneaux sous vide qu’il faut protéger de tout perçage et qui sont chers. Leur utilisation en murs est donc problématique, mais leur utilisation en toiture, à priori inaccessible par l’usager semble adéquate.

2. On peut chauffer ou refroidir par un réseau de distribution citadin d’eau chaude ou glacée. Ce réseau recevant son eau grâce à un système géothermique commun ou même local. Cette solution est utilisée depuis de nombreuses années à Créteil par exemple.

3. On peut s’accommoder au froid en vivant couverts, même chez soi en hiver. Sans chauffage en hiver, la température intérieure descend rarement en dessous de 14° si le logement est au moins de classe E.
L’été on peut ventiler naturellement ou mécaniquement, vaporiser un peu d’eau et ainsi obtenir un rafraîchissement peu énergivore.
Réduire son niveau de confort pour éviter l’usage de hautes technologies polluantes, est-ce absurde ?

Edité le:30/03/2025